La RT 2012 décryptée par un thermicien, Aurelien Cuif.

logo_THEME_NormandieNous avons souhaité donner la parole à  Aurelien Cuif, ingénieur thermicien, dirigeant de Theme Normandie son bureau d’étude, et aborder avec lui la nouvelle règlementation thermique RT 2012. Cette nouvelle norme va sans aucun doute révolutionner la filière du bâtiment et son approche de la construction. Créée afin de réduire au maximum les dépenses d’énergies liées à l’habitat, cette règlementation est interprétée et mise en œuvre de différentes manières par les nombreux acteurs de cette corporation.
Qui mieux qu’un thermicien pour nous expliquer les changements importants que va engendrer la RT 2012, et sa vision professionnelle de la « bonne manière » de construire.

 

My Easy House: Aurélien, pouvez nous parler  du principe de la RT 2012 dans ses grandes lignes ?
Aurélien Cuif : « RT2012-grenelle-environnementLa RT2012 est tout d’abord une réglementation d’objectifs thermiques obligatoires applicable à tous les bâtiments neufs depuis le 1er Janvier 2013 (date du dépôt du permis de construire). Cette réglementation équivaut à peu de choses près à l’ancien label BBC (bâtiment basse consommation), ce qui veut tout simplement dire que n’importe quel logement construit aujourd’hui aura environ le même niveau de consommation qu’un logement ayant obtenu le label BBC de ces dernières années.
Il y a 3 exigences de résultats fixés dans l’arrêté définissant cette réglementation :
- L’efficacité énergétique du bâti (son isolation, son étanchéité à l’air, l’orientation des baies…) matérialisée par un coefficient sans unité appelé BBIO. Celui-ci doit impérativement être inférieur au BBIO de référence appelé BBIO MAX.
- La consommation énergétique du bâtiment (consommation de chauffage, d’eau chaude sanitaire, d’éclairage, d’auxiliaires électriques et éventuellement de climatisation) matérialisée par le coefficient CEP en kWh d’énergie primaire par m² de surface chauffée et par an. Celui-ci doit impérativement être inférieur au CEP de référence appelé CEP MAX fixé de base à 50 kWhEP/m²/an, et légèrement variable avec la situation géographie, le type d’énergie utilisé et la surface du logement. Par exemple, pour un logement de 100m² situé à basse altitude dans les Hautes-Pyrénées utilisant du bois-énergie pour son chauffage, le CEP Max sera de 65 kWhEP/m²/an
-Le confort d’été dans les bâtiments non climatisés. Ce « confort » correspondant à la température maximum atteinte dans les locaux après 5 jours consécutifs de forte chaleur appelée TIC. Cette TIC ne devant pas dépasser un seuil défini par projet.

Il y a également quelques exigences de moyens :

  1.   Pour garantir la qualité de mise en œuvre : traitement des ponts thermiques et de l’étanchéité à l’air
  2.   Pour garantir le confort : surface minimale de baies vitrées
  3.   Pour garantir le développement des énergies renouvelables : obligation d’y avoir recours
  4.   Pour garantir le bon usage du bâtiment : mesure ou estimation des consommations d’énergie par usage

MEH : Comment votre profession a-t-elle accueilli cette nouvelle réglementation ?
AC :  » Cette réglementation imposant, de façon quasi systématique, le recours à un bureau d’études, la profession ne peut que s’en réjouir. Néanmoins, pour ceux qui n’avait pas l’habitude de réaliser des projets basse-consommation, passif ou positif, le bond en avant peut paraître un peu brutal car les exigences ne sont pas simples à respecter. Le travail avec les architectes ou les concepteurs dès l’esquisse va également modifier les façons de travailler de chacun, mais la bonne entente et le bon accord de tous les acteurs seront les points-clé de la conformité à cette réglementation exigeante, et c’est tout à l’avantage des clients et futurs consommateurs d’énergie ! »

MEH :Quelles sont les contraintes lors du dépôt de permis et de l’obtention de la conformité ?
AC :  » Lors du dépôt de permis de construire, le particulier (Maître d’Ouvrage) doit signer « l’attestation de prise en compte de la réglementation thermique » que le bureau d’études lui transmet. A ce stade seuls le BBIO et le recours aux énergies renouvelables est demandé. Néanmoins pour s’assurer que le bâtiment respectera bien la RT2012 à la fin des travaux, il est quasiment obligatoire de vérifier d’ores et déjà l’ensemble des exigences de résultats et de moyens.
Il y aura également une 2ème « attestation de prise en compte de la réglementation thermique» à fournir avec « l’attestation à l’achèvement des travaux » qui vérifiera en fonction des systèmes et matériaux réellement utilisés toutes les exigences de la RT2012. Elle devra être produite et signée par un architecte, un diagnostiqueur DPE ou un contrôleur technique. Même si les résultats seront ceux de l’étude thermique, elle ne peut pas être signée par le bureau d’étude qui a fait l’étude complète pour éviter tout conflit d’intérêt.
Evidemment la contrainte pour le particulier est le coût de cette étude qui s’ajoute au coût de construction, et qui va varier selon la surface habitable et la complexité du projet. Mais celle-ci permettant de minimiser la consommation d’énergie et donc les charges de fonctionnement pour le particulier, son coût (obligatoire) sera très vite amorti ! A noter qu’un test de perméabilité à l’air avec délivrance d’un certificat doit également être joint à l’attestation à l’achèvement des travaux.

La liste des opérateurs autorisés par le ministère est disponible sur le site internet dédié à la RT : www.rt-batiment.fr
J’encourage d’ailleurs toutes les personnes souhaitant plus d’informations sur les réglementations thermiques à consulter ce site internet gouvernemental ultra complet. »

MEH : Vous appliquez déjà cette norme depuis 2011 sur les bâtiments tertiaires et les logements situés en zone ANRU. Que pouvez-vous nous en dire ?
AC :  » Les premières études nous montrent que si la conception architecturale (orientation géographique, dimensionnement des baies, compacité, inertie) est traitée de façon complètement déconnectée des principes de base de la bioclimatique et de la thermique, alors le renforcement de l’isolation et l’utilisation de technologies de pointes peu énergivores ne suffisent pas assurer la conformité du bâtiment à la RT2012.
L’autre point essentiel est la communication entre les différents acteurs lors de la réalisation du projet, gage notamment de respect du taux de perméabilité à l’air de l’enveloppe bâtie. »

MEH : Deux approches semblent déjà s’affronter, l’une qui mise sur les équipements rapportés (ballon solaire, pompe à chaleur, etc..) pour obtenir des points, et l’autre  sur l’isolation et les qualités du bâti. Quel est votre position sur ce thème ?
AC : « L’essentiel pour moi reste la qualité thermique du bâti, autrement dit réduire au maximum les trous de la passoire. Les équipements vont venir combler le besoin de chauffage et de rafraichissement, si on diminue ces besoins on s’affranchit au maximum des performances et de l’entretien des équipements.
Néanmoins l’obligation réglementaire de recourir aux énergies renouvelables et la nécessité de ventiler correctement des locaux qui deviennent de plus en plus étanches, nous incite à travailler avec des technologies de pointe.
Les deux aspects sont donc intimement liés et si l’un ou l’autre n’est pas assez bien travaillé, le bâtiment ne sera de toute façon pas conforme ! »

MEH : Quelle serait pour vous la manière idéale d’appliquer cette norme ?
AC : « Je pense que la façon dont la RT2012 a été réfléchie nous aiguille vers la seule bonne façon d’appliquer cette norme, c’est-à-dire optimiser le bâti pour obtenir un BBIO<BBIO MAX dès le permis de construire, chercher la compacité (le moins de parois déperditives pour un volume donné), chercher les apports solaires en hiver en plaçant ses vitrages au sud, bénéficier de masques les empêchant en été… et bien sûr isoler son bâti et limiter les ponts thermiques.
Une fois que les besoins bioclimatiques sont nettement en dessous du maximum imposé, alors le système de chauffage peut se discuter selon les envies de confort de chacun. »

RT2012GF-2MEH : Nous accusons  un retard de vingt ans  sur les  pays nordiques et leurs maisons dites « Passives », ne devrions-nous pas anticiper la future RT 2020 ? Est-ce possible, et si oui, de quelle manière ?
AC : « Nous ne savons pas encore vers quel objectif sera tourné la RT2020, mais obligatoirement vers encore moins de consommation énergétique. Il faut savoir que la méthode de calcul servant à déterminer le caractère « passif » d’un bâtiment est très différente de notre BBC ou maintenant RT2012 : l’objectif étant notamment de descendre sa consommation de chauffage sous 15kWh/m²/an et sa consommation totale d’énergie (responsabilité de l’usager…) sous 120 kWhEP/m²/an. Beaucoup de maisons construites sous la RT2012 et dont le bâti aura très bien été travaillé pourront sans le savoir prétendre à un label dit « passif » !
Donc si la RT2020 s’oriente vers ce schéma (allemand) d’exigence de résultat, alors « la bonne manière » d’appliquer la RT2012, ce dont parlait précédemment, suffira probablement pour y répondre ! »

MEH : Vous avez pu étudier le concept « My Easy House ». En quelques mots,  que pensez-vous de  notre façon de répondre à la RT 2012 sur le plan de l’isolation thermique ?
AC : « Le concept possède des avantages sur de nombreux aspects réglementaires que ce soit au niveau des qualités thermiques du bâti et de la réalisation en elle-même

  1. Le bardage extérieur des façades et l’isolation en faux-plafond permet de réduire au maximum les ponts thermiques et de respecter l’exigence de la RT2012 à ce sujet.
  2. L’isolation complémentaire entre l’ossature métallique permet d’augmenter la résistance thermique des façades.
  3. L’architecture simple et la gestion des apports solaires avec notamment la présence de casquettes au sud permettent de réduire le besoin bioclimatique.
  4. La facilité de construction et le nombre limité d’acteurs sur le terrain doivent permettre d’atteindre facilement les objectifs d’étanchéité à l’air du bâtiment (et qui seront plus exigeants avec la RT2020). Les tests d’étanchéité qui seront menés prochainement nous le prouveront.

    80etage-bois

Le seul aspect sur lequel il faudra être vigilant, est la conservation d’une inertie (masse de matériaux compris dans le volume chauffé) la plus forte possible. Par exemple en isolant la dalle plancher en sous-face, ou encore en créant un mur intérieur dit « lourd » en béton ou en terre crue par exemple. »

MEH : Le choix du mode de chauffage et de production d’eau chaude semble être des plus complexes, même pour des professionnels. Que conseilleriez-vous à un Easy Houser ?
AC : « L’obligation de recours aux énergies renouvelables et le coefficient énergétique très défavorable de l’électricité (2,58 kWh d’énergie primaire pour 1 kWh d’énergie finale, réellement consommée par l’usager), nous limite, ou en tout cas nous oriente sur le choix des équipements.
Comme je l’expliquais précédemment si les besoins sont réduits en principe n’importe quel système de chauffage doit pouvoir satisfaire les exigences réglementaires, avec un très gros bémol quand même sur les chauffages électriques ! »

Recueilli par VLV
Cet article a été publié dans Non classé avec les mots-clefs : , , , . Bookmarker le permalien. Les commentaires et les trackbacks sont fermés.